« Nathalie Salé est une « ymagière », comme on disait au Moyen-Âge. Elle illustre des histoires que l’on croirait écrites pour des enfants mais qui ne le sont pas. Ses Grands foisonnants, immenses kakémonos multicolores font écho à la tradition extrême-orientale, aux miniatures persanes, aux enluminures des manuscrits médiévaux, aux images d’Épinal, aux loubki russes, mais aussi aux peintures d’Odilon Redon, de Gustave Moreau, de Georg Baselitz ou de Peter Doig.

Leur format vertical et leur univers luxuriant, quelque peu inquiétant, renvoie aussi aux lames du tarot ou aux arcanes des cartomanciennes. Leurs couleurs chatoyantes les font basculer du côté des images accompagnant les contes de fée. Il y a, certes, des princesses, des fleurs, des jardins enchantés et même des dragons débonnaires, mais leur étagement sur le papier déroulé ne présage rien de bon. La séduction de la première lecture fait place à des interrogations sur le sens caché de ces arabesques qui deviennent plantes carnivores ou tentacules de monstres marins, sur l’évidente incapacité de communiquer de tous les acteurs de cette comédie qui se mue en drame ou en tragédie. Un malheur imminent plane, sans que personne ne semble s’en douter, mais, pour le spectateur, il est inéluctable, même s’il est incapable de le qualifier… Juste un malaise indéfinissable, un mystère latent, comme dans les drames de Maeterlinck.

Peut-être faut-il lire ces compositions comme des témoignages de la difficulté à faire le deuil de son enfance et de ses doux sortilèges, des réticences à faire face à la cruauté de la vie adulte, de la difficile accession à la maturité, laquelle ne peut jamais lâcher les amarres des rêves et des fantasmes de ses jeunes années. »

Louis Doucet, collectionneur et critique

Vit et travaille à Royan (Nouvelle Aquitaine). Etudes d’arts plastiques, à la faculté Saint–Charles et à l’école Boulle, section architecture intérieure à Paris.

http://contactns.wixsite.com/peinturenathaliesale